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Accueil de Jour / Boutique Solidarité

Un éclairage particulier sur la Boutique Solidarité de Bordeaux ouverte depuis 1995. 

Il est salutaire après ces années de se sont replonger dans les pages des bilans passés. Volonté de reprendre des réflexions, des façons de faire, des interrogations. C’est une relecture utile, empreinte de nostalgie et de moments heureux. Une espèce de bilan d’une pratique sans cesse requestionnée. Rien n’a vraiment changé, l’impression d’une immense solitude est toujours là et le sentiment d’écoper la mer avec une cuillère à café.  L’équipe sociale a vieilli et ressent profondément un manque de reconnaissance …  Mais il reste ce qui lui permet encore de continuer, des histoires de vie, ces vies cassées qu’ils ont aidées à restaurer. 

La Boutique Solidarité s’inscrit comme une première réponse dans la lutte contre l’exclusion menée par Emmaüs. Elle se situe comme « un premier maillon dans une chaîne d’actions et de services, en amont de toute action d’insertion »   

Depuis 1995

la Boutique Solidarité de Bordeaux organise son action autour de trois mots clés : urgence, anonymat, inconditionnalité.  

L’urgence, dans le sens d’immédiateté, rendre le service attendu sans délai : comment demander de différer sa faim, son envie d’aller aux toilettes, d’être propre. La gratuité était aussi la réponse, les bénéficiaires n’ayant pas ou peu de ressources… 

L’anonymat, cela veut dire « sans nom, dont on ne connaît pas le nom propre ». C’était et cela reste une pratique courante dans les BS où l’on s’appelle plus facilement par son prénom ou son surnom. Petit à petit, venant pour utiliser les services, les accueillis ont investi les lieux, ont échangé, discuté, déposé leur parole. Des histoires de vie ont été racontées à ces accueillants dont la pratique qui était souvent mêlée de compassion et de militantisme. Peu à peu, des professionnels du social ont été salariés des BS, sur les actes d’écoute, d’entretien, d’accompagnement, au détriment, parfois, des actes originels, basiques, des BS. Mais l’engagement humanitaire est toujours là. 

Si l’inconditionnalité relève de l’idéal, elle donne un sens à nos pratiques même si celles-ci se déclinent différemment dans chaque Boutique Solidarité. Immédiat, inconditionnel et anonyme l’accueil sur

la Boutique se moque des velléités de certains de nos dirigeants obsédés par la présence sur le territoire d’étrangers en situation irrégulière.

La Boutique doit être regardée comme un lieu refuge, un lieu de référence, un point de rencontre… Dans ce sens, l’ensemble de l’équipe se définit en terme de responsabilité, de respect. Mais l’équipe est aussi garante des règles de vie collectives et sociales. L’évolution des données quantitatives témoigne de l’intérêt majeur de cette structure : en 1996, 6 977 passages, en 2005, année record, nous avons enregistré 40209 passages !!

Ces chiffres en constante progression révèlent aussi la détérioration des situations et une précarisation grandissante (réapparition de bidonvilles, augmentation du nombre de salariés sans logement…). Que faire face à une situation sociale qui semble aller en s’aggravant ? Quelles réponses apporter à l’urgence mais aussi à plus long terme, aux difficultés que vivent les personnes précarisées (et qui risquent de basculer dans l’errance) ?  Comment faire partager le dénuement dans lequel nous nous trouvons, faute de moyens suffisants quand les plus pauvres frappent à notre porte ? 

Ils sont orientées par le CAIO, le 115, les différentes structures d’hébergement, les CMS…ou viennent spontanément. La plupart ont déjà fait le tour des associations. Beaucoup arrivent à la Boutique Solidarité dans un état de grande détresse. Ils répètent avec parfois beaucoup de lassitude ou de colère leur histoire. Ils trouvent à

la Boutique un peu de chaleur.

Pour ceux-ci, la disponibilité des accueillants permet d’humaniser, un tant soit peu, des souffrances qui seraient sinon insupportables.  Même si elle révèle par sa présence quotidienne sur le terrain, la souffrance de centaines de personnes rencontrées, l’incompréhension de se retrouver à la rue, l’humiliation de demander de quoi se nourrir, mais aussi le désespoir de ne pas savoir de quoi demain sera fait, le refus d’avancer, la volonté de s’adonner à des conduites délictueuses, violentes en réaction à cette injustice de ne pouvoir vivre dignement, l’équipe d’Emmaüs 33 dans son ensemble refuse de baisser les bras. Plus que jamais les notions d’accueil, dans son acception la plus large (tolérance, non-ingérence, disponibilité…), d’écoute et d’accompagnement restent les fondamentaux sur lesquels s’appuie l’ensemble de nos actions.


33 - Bordeaux

Boutique Solidarité Emmaüs 33 - Urgence sociale - 246/250, cours de la Somme - 33800 Bordeaux
Tél. : 05 56 92 00 33 - Fax : 05 56 92 27 36

2 commentaires pour “Accueil de Jour / Boutique Solidarité”

  • jacques istres dit :

    L’accueil inconditionnel me semble être la valeur fondamentale, celle que nous nous devons de préserver absolument. Nous pouvons avoir des craintes par rapport à l’accueil des étrangers, par rapport à cette volonté de contrôle social qui se met sournoisement en place. Un ami me faisait remarquer dernièrement que, prendre en compte l’ensemble des revenus d’une famille dans le cadre de l’examen d’un dossier individuel, comme dans le projet du RSA, c’est déjà une politique familialiste de contrôle. J’avoue que je n’y avais pas pensé et que cette question mérite une réflexion approfondie. Il faut être vigilant sur toutes les réformes qui se profilent, et même si 18 mois sont une “éternité en politique”, les pouvoirs de “confusion” sont tels aujourd’hui que les risques de dérapage populiste sont bien présents. Jacques Istres

  • pascallafargue dit :

    Je m’associe à cet appel à la grande vigilance d’autant plus que personne ne sait vraiment ce que donnera ce qui n’est encore qu’une idée même si des expérimentations sont en cours.

    50 000 bénéficiaires du RMI devraient être concernés sur 25 départements.

    Et les Autres ? Aurait dit l’Abbé Pierre.

    Mais la question du RSA fait déjà l’objet de deux articles que vous trouverez dans la rubrique “Actualité”. N’hésitez pas à aller les lire et à faire des commentaires.

    Pascal Lafargue

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