PSL | Rencontres d’Automne, l’interview II
France BLEU GIRONDE
INVITE DE LA REDACTION
Mardi 07 octobre 2008
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Le mot solidarité ne doit pas être galvaudé, dans Rencontres d’automne, Pascal Lafargue revient sur son engagement au côté de l’Abbé Pierre. Ce girondin qui est également vice-président d’Emmaüs France (sic) est votre invité Alain Pagès.
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AP : Bonjour Pascal Lafargue.
PSL : Bonjour Alain Pagès.
AP : Exaspérant, insupportable, provocateur, péremptoire, c’est comme ça que vous vous décrivez. Alors je peux y aller. Comme entrée en matière c’est pas mal pour votre livre d’ailleurs.
PSL : j’ai essayé d’être honnête et c’est vrai que je peux être parfois le personnage qu’on découvre à travers cette liste, un peu sévère quand même.
AP : vous avez été sévère avec vous-même. Il y a une chose intéressante. Quand on referme ce livre on se rend compte d’abord que ce n’est pas un livre tiède, vous y mettez vos tripes, vous faites parler vos sentiments et le politiquement correct n’est pas au bout de toutes ces pages.
PSL : je n’ai pas eu envie de tricher si vous voulez. D’abord parce que c’est mon premier livre, je ne dis pas que j’en n’écrirai pas d’autres mais ça ne va pas être mon nouveau métier. Alors tant qu’à prendre la parole publiquement autant aller au fond des choses, j’ai été poussé en cela par mon éditeur pour que je dise tout ce que j’avais à dire.
AP : quand on regarde votre livre on se rend compte que d’abord on ne fait rien sans convictions, c’est le bilan de cinquante années d’engagement (sic), deuxièmement on ne fait rien sans se faire d’ennemis, car vous n’avez pas que des amis.
PSL : oui, j’ai beaucoup d’amis, beaucoup d’amis. Et j’ai quelques ennemis mais je pense que le temps viendra où tout cela ne sera plus que de mauvais souvenirs.
AP : mauvais souvenirs … même pour Martin Hirsch ? Parce que vous ne le ratez pas dans votre livre, vous ne lui pardonnez pas un certain nombre de comportements.
PSL : oui effectivement, je suis peut-être un peu sévère avec lui mais c’est parce que je le connais bien et que je crois que dans la vie il y a deux catégories de personnes, celles qui franchissent le Rubicon et celles qui restent du bon côté du fleuve.
AP : vous vous êtes resté du bon côté du fleuve, c’est votre analyse ?
PSL : je ne me compare pas à Martin Hirsch …
AP : … vous n’avez pas fait l’ENA …
PSL : … non je n’ai pas fait l’ENA, je vois que ça ne vous a pas échappé. Martin Hirsch est allé où il a voulu aller. Je ne suis pas là pour juger l’homme, je suis là pour juger le symbole. Ce qui nous a heurté, je ne suis pas le seul à le dire même si je suis le seul à l’écrire aujourd’hui je pense que les langues se délieront et que d’autres témoignages viendront. Ce qui me paraît important de dire aujourd’hui c’est qu’un président d’Emmaüs France ne peut pas se trouver dans un gouvernement où il y a un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. C’était la limite à ne pas franchir. Après on peut être de gauche, on peut être de droite, on peut être du centre, c’est la liberté de chacun. Mais il y a des valeurs qui ont été inculquées aux gens d’Emmaüs par l’abbé Pierre et ça ce n’est pas nos valeurs. Ce n’est pas possible qu’il se soit laissé aller à ne pas au moins démissionner avant parce qu’il savait qu’il allait être nommé, l’occasion lui a été offerte, il ne l’a pas saisie, je le regrette infiniment.
AP : ce que vous voulez démontrer aussi dans ce livre c’est que tout le monde peut aider les autres.
PSL : bien sûr tout le monde peut le faire …
AP : … alors pourquoi on ne le fait pas plus souvent ?
PSL : parce qu’on n’a pas le choc, on n’a pas la rencontre, on n’a pas l’événement qui est venu percuter une vie et qui fait que l’on se dit que si finalement on vit seul et que pour soi, la vie ne sert à rien. La vie, a priori, il n’y en a pas d’autre, on peut avoir des convictions spirituelles ou religieuses, c’est une autre affaire. Mais on n’est sûr d’une chose, il y a un début, la naissance et une fin, la mort, entre les deux il faut savoir ce qu’on a envie de faire.
AP : une autre chose est sous jacente dans votre livre, c’est la rencontre avec l’abbé Pierre. L’homme de votre vie, c’est l’abbé Pierre.
PSL : alors l’homme de ma vie avait une robe, c’est déjà ça (rires). C’est la rencontre clé, celle qui a changé beaucoup de choses dans ma vie. Mais j’ai fait beaucoup d’autres rencontres avec des gens qui ne sont pas connus et qui ont été très importants pour moi et qui le sont encore et avec qui je travaille au quotidien. Et puis à titre privé j’ai des rencontres qui sont d’un autre niveau que celle avec l’abbé Pierre.
AP : hier sur notre antenne, c’était un banquier qui nous parlait de la situation des banques, des consommateurs qui nous disaient avoir de plus en plus de difficultés. Ca veut dire qu’Emmaüs va continuer à avoir un énorme succès ? Malheureusement ?
PSL : malheureusement oui, Emmaüs va avoir un énorme succès. Emmaüs va avoir toujours cette pointe de tendresse pour les gens qui ne s’en sortent pas et cette colère sourde, cette colère profonde pour les gens qui profitent d’un système qui nie l’humanité. Je crois que l’on est dans un moment de crise intense et malheureusement ou heureusement, moi je dis que si ce système est balayé par la crise actuelle je ne pleurerai pas sur son sort. Mais la crise va faire des victimes terribles et les quelques mois qui viennent vont être extraordinairement difficiles pour ceux pour lesquels les temps sont déjà durs.
AP : merci Pascal Lafargue. Votre livre s’appelle Rencontres d’Automne, sur les chemins d’Emmaüs aux éditions Le Bord de l’Eau. Ce n’est pas un livre consensuel, c’est un livre comme on aimerait en lire plus souvent.
PSL : je vous remercie.
AP : merci Pascal Lafargue, bonne journée.
Merci à la belle roxanne qui a fait un gros travail pour que ses petits camarades,
qui n’ont pas pu lire le fichier audio, aient une version “papier” de cette émission
avec Alain Pagès.
PSL


